Critique initialement publiée le 18 octobre 2006
Film britannique de Stephen Frears
Genre : Biopic, Drame, Film historique
Interprètes : Helen Mirren (La Reine Elizabeth II), James Cromwell (Le Prince Philip), Alex Jennings (Le Prince Charles), Michael Sheen (Tony Blair).
Durée : 1 h 35
La note : 8,5/10
En deux mots : Pour traiter une histoire déjà diffusée en Mondovision, Stephen Frears fait le choix judicieux de nous montrer l’intimité de la Reine et de Tony Blair.
Le réalisateur : Né en 1941 à Leicester, Stephen Frears réalise son premier film, «Gumshoe», en 1971. Entre 1985 et 1987, le réalisateur signe trois films très virulents inspirés par la déliquescence de la société britannique : «My Beautiful Laundrette», «Prick up», et «Samy et Rosy s’envoient en l’air». À partir de 1988 («Les liaisons dangereuses»), il alterne les réalisations des deux côtés de l’Atlantique : «Les Arnaqueurs», «Mary Reilly», «Dirty Pretty Things», « Mrs Henderson Presents», « The Queen», «Chéri» et «Tamara Drewe».
Le sujet : Dimanche 31 août 1997. La princesse Diana meurt des suites d’un accident de voiture survenu sous le pont de l’Alma à Paris. Si cette disparition plonge la planète dans la stupeur, elle provoque en Grande-Bretagne un désarroi sans précédent. Alors qu’une vague d’émotion et de chagrin submerge le pays, Tony Blair, élu à une écrasante majorité au mois de mai précédent, sent instantanément que quelque chose est en train de se passer, comme si le pays tout entier avait perdu une sœur, une mère ou une fille.
Au château de Balmoral en Ecosse, Elizabeth II reste silencieuse, distante, apparemment indifférente. Désemparée par la réaction des Britanniques, elle ne comprend pas l’onde de choc qui ébranle le pays. Pour Tony Blair, il appartient aux dirigeants de réconforter la nation meurtrie et il lui faut absolument trouver le moyen de rapprocher la reine de ses sujets éplorés.
La critique : Le film commence et se termine par la même scène : la visite de Tony Blair à Buckingham. La première met aux prises un chef de gouvernement intimidé et gauche et une souveraine à peine intriguée par son onzième premier ministre, et s’amusant de voir le modernisateur du pays englué dans le protocole, ne s’offusquant même pas de l’effronterie de Cherie Blair, dont les sympathies républicaines ne sont un secret pour personne.
La seconde visite quelques mois plus tard s’achève par une promenade dans les jardins du château à laquelle la reine a invité le leader travailliste et où elle avoue son désarroi devant les manifestations de rejet de ses sujets. Entre les deux visites, un cataclysme a frappé l’institution monarchique : non pas tant la mort de celle que Blair, habilement conseillé, a appelé « la princesse du peuple« , mais l’incompréhension puis la colère des Britanniques devant l’absence de réaction de la famille royale.
Stephen Frears dans un montage parallèle nous montre jour après jour, presque heure après heure, les deux lieux où se joue cette tragédie : le château de Balmoral dans les Highlands écossais, et la résidence de Tony Blair (d’abord dans sa circonscription, puis au 10 Downing Street) ; entre les deux, omniprésente, la télévision qui tourne en boucle, témoignant de la montée de l’émotion. Au centre de chacun de ces lieux, la souveraine et son premier ministre, ayant à faire face aux pressions de leurs entourages.
La reine est soutenue dans sa rigidité par son mari, obtus comme un colonel de l’armée des Indes et qui n’a comme seule solution pour détourner les princes Harry et William de leur chagrin que d’organiser une chasse au cerf, et par la queen mother, qui découvre avec horreur que le cérémonial des funérailles choisi n’est autre que celui de ses propres obsèques, qui présentent l’avantage d’avoir déjà été répétées ! Le Prince Charles, ainsi que le conseiller personnel de la reine prennent plus vite la mesure de la faille qui se creuse entre la souveraine et ses sujets. De son côté, Tony Blair doit faire face aux reproches de ses conseillers et de son épouse, qui va jusqu’à lui suggérer que sa mansuétude pour la reine s’explique sans doute par une indentification de cette dernière à sa propre mère !
Il en est de la mort de Diana comme du 11 septembre : que peut nous apporter de nouveau le cinéma ? Comment faire des images -et du sens- sur un événement qui a déjà produit des images qui sont présentes dans la mémoire de chacun ? Stephen Frears a choisi d’utiliser ces images par le biais de la télévision, se contentant de quelques reconstitutions pour intégrer des gros plans de ses acteurs dans les plans d’ensemble d’époque, et de filmer l’intimité des protagonistes : Blair dans sa cuisine avec son maillot des magpies, ou la reine en robe de chambre…
Ce qui fait aussi la force du film et qui le rend passionnant, loin de tout manichéisme, c’est que le cinéaste des « Liaisons dangereuses » adopte le point de vue de Blair sur la reine, et lui trouve les mêmes excuses : celles de rester fidèle à son serment vieux d’un demi-siècle, et de faire passer ce qu’elle pense être les intérêts du pays avant sa propre vie. Et de fait, on voit aussi une grand-mère sincèrement soucieuse de protéger « les garçons », ou une femme finalement très seule au milieu de tant de monde comme l’illustre la très belle scène où le land-rover qu’elle conduit tombe en panne au milieu d’un gué perdu dans les collines, et où enfin elle peut vider son émotion… jusqu’à ce qu’apparaisse un cerf, cousin écossais de celui que rencontrait De Niro dans « Voyage au bout de l’Enfer« .
Et puis, impossible de ne pas souligner les performances des acteurs : Helen Mirren, bien sûr, justement récompensée à Venise, qui fait oublier un gabarit et des traits différents de ceux de son illustre modèle par un jeu d’une grande subtilité ; Michael Sheen, qui a déjà interprété Tony Blair dans un téléfilm de Stephen Frears, et qui a le même sourire à la fois séducteur et carnassier que le chef du New Labour. James Cromwell enfin, cantonné aux rôles de méchants dans les films américains (« Space Cowboys« , ‘I-robot« , « L.A. Confidential« ) et qui incarne ici un prince Philip borné à souhait, appelant sa royale épouse « mon chou »…
Cluny

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