Critique initialement publiée le 8 septembre 2006
Film français de Philippe Lioret
Genre : Drame psychologique
Interprètes : Mélanie Laurent (Lili Tellier), Kad Merad (Paul Tellier), Julien Boisselier (Thomas), Isabelle Renauld (Isabelle Tellier).
Durée : 1 h 40
La note : 8,5/10
En deux mots : Émouvante adaptation du roman d’Olivier Adam, porté par une Mélanie Laurent tout en subtilité.
Le réalisateur : Né en 1955 à Paris, Philippe Lioret commence dans le cinéma comme assistant, puis comme ingénieur du son sur une vingtaine de films. En 1993 il passe à la réalisation avec « Tombé du Ciel ». Il enchaine avec « Tenue correcte exigée » (1997), « Mademoiselle » (2001) et « L’Équipier » (2004).
Le sujet : : Comme elle rentre de vacances, Lili, 19 ans, apprend par ses parents que Loïc, son frère jumeau, suite à une violente dispute avec son père, a quitté la maison. Loïc ne lui donnant pas de nouvelles, Lili finit par se persuader qu’il lui est arrivé quelque chose et part à sa recherche. Ce qu’elle va découvrir dépasse l’entendement.
La critique : Dans la zone résidentielle de Vigneux au pied des tours HLM, le pavillon familial, c’est le « Truman Show », observe Lili. D’ailleurs, au début, on a l’impression de voir une tragédienne se débattre dans un univers de sitcom, tant nous sommes dans le stéréotype ; à commencer par le personnage du père, joué par Kad Mérad (le Kad de Kad et Olivier) en plein coming out dramatique, victime du syndrome « Tchao Pantin ». Et puis très vite, cette impression s’estompe et on sent que le conformisme petit-bourgeois des parents, même poussé jusqu’à la caricature, et souligné par la virulence des cartes de Loïc, est un des ressorts du mystère qui enveloppe sa disparition.
Jusqu’au bout, on ne sait pas trop dans quel genre de film on est : thriller, drame psychologique, chronique intimiste. Ce qui est sûr, c’est que l’ensemble est structuré par une tension permanente, celle qui habite Lili et qui fait que comme pour elle, à de menus indices, on se dit que ce qui nous est donné à voir n’est qu’une représentation partielle de la réalité. Comme dans « L’Équipier« , son précédent film déjà très réussi, Philippe Lioret aime dépeindre les rituels de la vie de famille qui par leur normalité permettent tous les dérapages, tous les éclats qui dévoilent les lourds secrets dans lequel se débattent ses personnages.
C’est peu dire que la crédibilité de cette adaptation du roman d’Olivier Adam repose sur les frêles épaules de Mélanie Laurent, aérienne et grave, constamment juste dans les différentes étapes de ce chemin de croix qui la voit passer du désespoir le plus profond à l’acceptation de s’envisager à nouveau un futur, jusqu’au dernier coup de théâtre. Comparé à « Quand j’étais Chanteur« , qui concourt dans la même catégorie de l’émotion, ce qui fait la différence c’est la grosseur des ficelles. Apparentes et omniprésentes dans le film de Giannoli, elles se font oublier dans celui de Lioret, même si à bien y regarder, dialogues et constructions narratives sont très travaillés. Et c’est bien une des grâces du cinéma que de rendre fluide et naturel des phrases écrites, réécrites et mille fois modifiées. Sur ce plan comme sur bien d’autres, « Je vais bien, ne t’en fais pas » est une des plus belles réussites de cette rentrée.
Cluny

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