Ma première critique, initialement publiée le 15 décembre 2005
Film américano-néo-zélandais de Peter Jackson
Genre : Aventures, Fantastique
Interprètes : Naomi Watts (Ann Darrow), Jack Black (Carl Denham), Adrien Brody (Jack Driscoll), Thomas Kretschmann (Le capitaine Engelhorn), Andy Serkis (King Kong en capture de mouvement).
Durée : 3 h 07
La note : 9/10
En deux mots : Le Maître des Anneaux s’attaque à King Kong : inégal, mais divertissant.
Le réalisateur : Né en 1961 à Wellington, Peter Jackson commence à 8 ans à réaliser des petits films en Super 8 avec la caméra de ses parents, dont -déjà- une reprise « King Kong ». En 1987, il réalise « Bad Taste », une comédie gore sur des extraterrestres anthropophages, suivi en 1989 par « Les Feebles », une comédie érotique. « Braindead », film de zombies, remporte en 1992 le Grand Prix du festival d’Avoriaz. En 1995, « Forgotten Silver », un faux documentaire dans l’esprit d’Orson Welles attire l’attention d’Hollywood. Après un premier film américain avec Michael J. Fox, « Fantômes contre fantômes », Miramax lui confie l’adaptation du « Seigneur des Anneaux » en trois films tournés en Nouvelle-Zélande.
Le sujet : New York, 1933. Ann Darrow est une artiste de music-hall dont la carrière a été brisée net par la Dépression. Se retrouvant sans emploi ni ressources, la jeune femme rencontre l’audacieux explorateur-réalisateur Carl Denham et se laisse entraîner par lui dans la plus périlleuse des aventures… Ce dernier a dérobé à ses producteurs le négatif de son film inachevé. Il n’a que quelques heures pour trouver une nouvelle star et l’embarquer pour Singapour avec son scénariste, Jack Driscoll, et une équipe réduite. Objectif avoué : achever sous ces cieux lointains son génial film d’action. Mais Denham nourrit en secret une autre ambition, bien plus folle : être le premier homme à explorer la mystérieuse Skull Island et à en ramener des images. Sur cette île de légende, Denham sait que « quelque chose » l’attend, qui changera à jamais le cours de sa vie…
La critique : Il s’agit du troisième King Kong. Peter Jackson a décidé de se référer à l’original de 1933, bien plus qu’à l’insipide remake de John Guillermin de 1976 avec Jessica Lange. On retrouve ainsi des éléments qui avaient disparu dans le premier remake : les dinosaures, les avions sur l’Empire State Building.
Le film est découpé en trois parties très distinctes et d’inégale longueur. La première débute dans un New York marqué par la grande dépression. Ann Darrow est une comédienne qui voit son music-hall fermé du jour au lendemain, et qui se trouve contrainte d’accepter la proposition de jouer dans le film énigmatique de Carl Denham, dont le spectateur découvre très vite le côté escroc. Avec l’auteur dramatique Jack Driscoll, ils embarquent dans un rafiot qu’on croirait sorti du « Crabe aux pinces d’or », avec des loups de mers aux allures de trafiquants.
Un mousse lit d’ailleurs « Au cœur des ténèbres » de Conrad, dévoilant une référence qui s’impose au moment de l’arrivée sur l’île : on est proche de la remontée du fleuve d’ « Apocalypse Now », que Coppola avait tiré de cette nouvelle, transposant l’Afrique de la colonisation aux frontières du Cambodge. On retrouve ici le même sentiment d’abandon de la civilisation et d’entrée progressive dans la folie. Dans un film bénéficiant d’une débauche d’infographie, les premiers affrontements sont étonnement filmés à l’ancienne, avec des effets de ralentis, des zooms, une bande son space, plus proche de « Bad Taste » que du « Seigneur des Anneaux ».
La seconde partie, la plus longue, se passe dans Skull Island, l’île du Crâne, oubliée des cartes et dont le roi n’est autre que Kong. On est ici dans « Le Monde perdu » de Conan Doyle : tout y est disproportionné, à l’échelle du jurassique, que ce soient les dinosaures, les blattes ou les chauve-souris.
On assiste à une poursuite époustouflante de paisibles brontosaures par des dinosaures carnivores. C’est pour moi le meilleur moment du film, ne serait-ce que parce que le côté potache de Peter Jackson refait surface, avec un empilement final de diplodocus plus proche de « Fantasia » que de « Jurassic Park ».
Malheureusement, après, le film sombre dans la surenchère, et l’ennui s’installe de chutes de T-Rex pris dans des lianes comme dans une vulgaire toile d’araignée en attaques gore de vers carnivores et des blattes géantes (N’emmenez pas des jeunes enfants : cauchemar garanti ! ). C’est dans cette partie que se noue la relation de protection mutuelle entre Ann et Kong, débutée par un numéro de music-hall de la jeune actrice, qui réussit à faire rire la bêbête. Le rire étant le propre de l’homme, Kong gagne aux yeux de la belle – et du spectateur- un statut au-delà de la bête. La dernière partie se déroule dans un New York hivernal, avec l’évasion du Kong depuis le music-hall où l’exploite Carl Denham, jusqu’à l’Empire State Building. A noter une très jolie scène où Ann et Kong font du patinage sur le lac gelé de Central Park.
Comme la plupart des films aujourd’hui, King Kong aurait gagné à être réduit, tant par rapport à sa longueur qu’à la dispersion de ses propos. En effet, il souffre d’un manque de clarté dans la tonalité adoptée, hésitant entre le ton de la comédie, celui de l’action pure et celui plus dramatique de la dénonciation de la cupidité des hommes. Dernière lecture possible, celle de la métaphore. Comme le personnage de Richard Attenborough dans « Jurassic Park », celui joué par un Jack Blake qui a l’embonpoint de Peter Jackson, montre la démesure nécessaire pour mener des entreprises où la séparation entre triomphe et catastrophe est si mince. Après tout, ramener un gorille de 8 mètres et le présenter à Broadway, ce n’est pas plus compliqué que de passer trois ans à adapter le « Seigneur des Anneaux »?
Cluny

Laisser un commentaire