OSS 117 : LE CAIRE NID D’ESPIONS

Critique initialement publiée le 22 avril 2006

Film français de Michel Hazanavicius

Genre : Drame, Film historique

Interprètes : Jean Dujardin (0SS 117), Bérénice Belo (Larmina), Aure Atika (princesse Al Tarouk), Philippe Lefebvre (Jack)

Durée : 1 h 32

Note : 8/10

En deux mots : Comédie parodique des films d’espionnage des années 50, ce film est un brillant exercice de style porté par un Jean Dujardin qui incarne le crétin étalon avec un brio Indéniable.

Le réalisateur : Frère de l’acteur Serge Hazanavicius, Michel Hazanavicius a commencé à Canal + comme scénariste des Nuls. Au cinéma, il a cosigné le scénario de « Delphine 1, Yvan 0 » et des « Dalton« . Il a réalisé son premier film en 2004, « Mes Amis« .

Le sujet : 1955, Jack, l’agent de l’OSS en poste au Caire a disparu, en même temps qu’un mystérieux cargo soviétique. Les services secrets français décident alors d’y envoyer Hubert Bonisseur de La Bath, alias OSS 117, d’autant plus que depuis la guerre, il était le meilleur ami du disparu. Dans la capitale égyptienne, Il est pris en main par Larmina, la secrétaire de Jack dans la société d’élevage de poulets qui leur sert de couverture.

La critique : Spike Lee est un petit filou. Il nous donne des indices, à commencer par le titre : quel est donc cet homme à l’intérieur ? Pourquoi ce premier plan frontal où Clive Owen nous livre la préface, tout en nous annonçant qu’il ne répète jamais les choses ? Lui, non. Mais Spike Lee ! Et ses indices sont tout aussi trompeurs que bien des éléments traditionnels du polar : armes, butin, victimes… Trois hommes et une femme habillés en peintres pénètrent dans une banque de Manhattan, sortent des AK-47 et prennent en otages une cinquantaine de personnes, employés ou clients. Ils les forcent à s’habiller comme eux, avec combinaisons et masques. 

La police arrive, boucle les lieux et désigne l’inspecteur Frazier comme négociateur. En même temps, le président de la banque semble vraiment inquiet, et engage une agente très spéciale qui use de chantage pour obtenir un entretien avec le chefs des preneurs d’otages. Celui-ci réclame un avion, et fait semblant de croire les atermoiements de Frazier, comme si la police allait donner un jumbo jet à des gangsters aux intentions inconnus, quatre ans après le 11 septembre. Mais que veulent-ils vraiment, ces malfaiteurs qui délaissent des montagnes de billets ? Et comment comptent-ils sortir, surtout quand leur chef proclame que ce sera par la porte de devant ? 

L’intrigue est un véritable puzzle, ou plutôt une poupée russe : de nouvelles complications apparaissent au fur et à mesure que l’on change de lieu , de personnage ou de point de vue. Et en même temps, on sait très vite que les braqueurs ont pu s’enfuir, sans doute mêlés aux otages, puisqu’on les voit interrogés par Frazier et son adjoint, visiblement après le dénouement du braquage. 
On est loin de la tension dramatique d’ »Un après-midi de chien« , autre histoire de prise d’otages dans une banque : même si le début du hold-up est filmé avec tension et nervosité, très vite l’humour apparaît, celui du chef du gang, celui de Frazier, et surtout celui de Spike Lee. Comme Polanski filmant Nicholson dans « Chinatown » avec un énorme pansement sur le nez ou Terry Gilliam enfouissant De Niro sous un scaphandre d’éboueur dans « Brazil« , il dissimule Clive Owen derrière un masque pendant 90% de la durée du film. 

« Inside Man » vaut aussi par la qualité de l’interprétation des acteurs, particulièrement Denzel Washington, plus adorablement canaille que jamais, et Jodie Foster, working-girl élégante et peu scrupuleuse. Mais Willian Dafoe, Christopher Plummer et Clive Owens sont impeccables aussi. 

Et puis, au-delà du plaisir de débrouiller l’écheveau de cette intrigue labyrinthique, on retrouve la patte de Spike Lee dans plein de petits détails sur la vie new-yorkaise : on y parle albanais, mais on confond Albanie et Arménie, un otage sikh libéré est molesté par les flics du NYPD qui le prennent pour un arabe, une interprète albanaise bénévole remplace celui de l’ambassade qui veut se faire payer, mais arrive avec un sac complet de contredanses à faire sauter, et flics et voyous jouent à des énigmes dignes de Pierre Bellemarre… Malgré une ou deux longueurs, les deux heures passent vite, accrochés que nous sommes par les nombreuses questions à élucider, du petit détail crapuleux aux grands crimes de l’Histoire.Comme l’indique le titre, et comme le répètent à satiété les personnages, Le Caire est un nid d’espions. KGB, anciens nazis, agents britanniques, frères musulmans, nostalgiques du roi Farouk, il n’y a que le concurrent belge dans l’élevage de poulets qui ne joue pas un double jeu… Hubert Bonisseur de La Bath est machiste, colonialiste, paternaliste et admirateur Inconditionnel de René Coty, le Président de la République dont il distribue la photographie aux Cairotes abasourdis comme un instituteur de la IV° République distribuait des bons points.

Il est envoyé au Caire « pour maintenir la paix au Proche-Orient » et grâce à sa « connaissance du monde arabo-musulman ». Cette connaissance, il la manifeste par exemple en allant tabasser le muezzin qui a osé le réveiller à l’aube, ou en déclarant qu’une religion qui Interdit l’alcool n’est pas vouée à un grand avenir… Plus préoccupé de la propreté des voitures et de son costume en alpaga que de la géopolitique mondiale, Il aligne gaffe sur gaffe, et on peut penser qu’Il porte la responsabilité de la nationalisation du canal de Suez qui surviendra un an après I Jean Dujardin prête son élégance et son auto-dérision à ce personnage, petite moustache et rire ultra-brite, sa carrure baraquée se conciliant tant bien que mal avec son martel et son moule-bite des années 50…

Ce film est une vrai réussite. D’abord par son côté parodique, qui se manifeste à la fois dans l’écriture des dialogues ou les éléments de l’Intrigue, mais encore dans le soin apporté à de nombreux détails : les directions de l’éclairage, la teinte de l’image, l’utilisation des Intertitres pour situer le lieu de l’action, le recours aux transparences chères à Hitchcock. La référence à Sir Alfred est d’ailleurs constante, de la poursuite d’un assassin en djellabah, à l’Image du début de « L’Homme qui en savait trop » à la bataille à coup de poulets, lointaine évocation des « Oiseaux« .

Mais la parodie ne suffit pas à elle seule à donner vie à un long-métrage ; heureusement, le renouvellement des situations et l’abattage de Jean Dujardin permettent de maintenir l’Intérêt, et la scène où il Improvise « Bambino » à l’oud est vraiment jubilatoire. Et puis, on retrouve l’humour décalé de Canal dans un recours à l’absurde, qui se traduit par certaines situations (l’apprentissage de la confine numérique en arabe donne lieu à toute une déclinaison de gags) comme dans certains dialogues (les mots de passe par exemple). Loin des nanars sans distance d’André Hunebelle, « OSS 117 : Le Caire nid d’espions » s’inscrit bien plus dans la lignée des Mel Brooks de la meilleure période.

Cluny

Réponse

  1. […] a réalisé son premier film en 2004, « Mes Amis« . En 2006, il réalise “OSS 117, Le Caire nid d’espions” qui rencontre un grand […]

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