MONGOL

Critique initialement publiée le 13 avril 2008

Film mongol de Sergeï Bodrov 

Genre : Film historique

Interprètes : Tadanobu Asano (Temudgin), Jonglei Sun (Jamukha), Khulan Chuulun (Borte).

Durée : 2 h 04

Note : 6/10

En deux mots : Dans cette production multinationale sur le modèle américain, seuls les paysages (superbes) sont mongols.

Le réalisateur : Né en 1948 à Khabarovsk, Sergei Bodrov a suivi les cours de scénario à la VGIK, première école de cinéma de Russie. Il réalise son premier film en 1984. En 1996, « Le Prisonnier du Caucase » est nommé aux Oscars et aux Golden Globes. Plusieurs de ses autres films (2001), ont été distribués en Europe : « Crinière au vent, une âme indomptable » (1999), « The Quickie« , “Baiser de l’Ours » (2002) ou “Nomad » (2004).

Le sujet : Le père de Temudgin conduit son fils de 9 ans choisir sa future épouse, Borte. En revenant, il est empoisonné, et sa femme et ses enfants sont chassés par Targutai qui se proclame Khan. Targutai ne peut tuer Temudgin vu son jeune âge, mais il le pourchasse jusqu’à ce qu’il ait l’âge. Dans sa fuite, Temudgin rencontre Jamukha qui l’accueille et le protège, et ils décident de devenir frères de sang. Devenu adulte, Temudgin va chercher Borte, et il vient la présenter à sa mère. Mais il est attaqué par une tribu rivale, les Mekis, qui le blesse et enlève Borte. Temudgin va alors chercher Jamukha devenu Khan pour lui demander de l’aider à attaquer les Mekis pour récupérer son épouse.

La critique : Plusieurs de mes amis m’ont dit ne pas avoir été étonnés de savoir que j’allais voir « Mongol« , vu mon goût pour les cinémas exotiques, et certes, le fait de rajouter une cinématographie nationale dans ces critiques comptait dans les principales motivations pour découvrir ce film nommé aux oscars du meilleur film étranger (finalement remporté par « Les Faussaires”).

De l’authenticité mongole, il y en avait sans doute plus dans “Le Mariage de Tuya”, malgré la nationalité chinoise du réalisateur, que dans cette coproduction germano-russo-khazakho-mongole, et dont l’acteur chargé d’incarner le futur Gengis Khan est bizarrement japonais (remarquez, ça compense la nationalité chinoise des actrices de “Mémoires d’une geisha« . En effet, si les splendides décors suggèrent indubitablement les hauts plateaux de la Mongolie (même si le film a été tourné en réalité au Kazakhstan et en Chine occidentale), le reste évoque surtout les superproductions sur le modèle hollywoodien : scénario classique sur le modèle « la résistible ascension de… », chronologie déstructurée juste ce qu’il faut, mouvements de caméra vertigineux, et bastons clipesques avec tout plein d’hémoglobine qui gicle au ralenti.

Le début de « Mongol » annonce bien la couleur : un long traveling aérien au-dessus d’une cité impeccablement reconstituée en images de synthèse, qui finit par pénétrer entre les barreaux de la cellule de Temudgin, dont le visage émerge de l’obscurité tel le masque d’Agamemnon. Puis un plan large, fixe, de la steppe mongole, avec les silhouettes à contre-jour de cavaliers au galop, réminiscence de « La Cavalerie Rouge » de Malevitch. Une maîtrise du mouvement, une photographie soignée, et un sens de la composition constituent en effet les principales qualités du film, avec comme revers négatif une musique zapoum-zapoum envahissante, et un abus des facilités offertes par le numérique dans une surenchère du type « Seigneur des Anneaux« . 

Les passages les plus réussis se trouvent plutôt dans la première partie, qui porte sur l’enfance et l’adolescence de Temudgin, et où Sergeï Bodrov décline les saisons un peu comme dans « Jeremiah Jonhson » pour raconter l’errance initiatique du futur maître d’un demi-monde. Le personnage de Borte, qu’il rencontre à neuf ans et qui lui demande de la choisir, introduit une note romanesque dans une épopée pour le moins virile, et permet quelques scènes buccolico-familiales avec la ravissante Khulan Chuulun. 

Cinématographiquement dans la norme U.S., « Mongol » se veut aussi politiquement correct, avec un Temudgin qui s’impose au milieu de l’anarchie ambiante et de l’obscurantisme par son sens de la justice, sa reconnaissance du droit des femmes et un rationalisme prémonitoire. Quand il proclame « Les Mongols ont besoin de lois ; je les leur donnerai, même si je dois tuer la moitié d’entre eux« , on ne peut s’empêcher de penser qu’appliquée à l’Irak, cette profession de foi aurait pu être signé de George W. Bush… 

Moins dépaysant qu’attendu, « Mongol » n’en est pas moins une honnête super production, un aimable mélange de western et d’heroic fantasy paradoxalement un peu languissant qui peut se laisser voir dans une distribution aussi déserte que la steppe mongole.

Cluny

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