Critique initialement publiée le 21 décembre 2013
Film anglais de Roman Polanski

Interprètes : Jackie Stewart, Helen Stewart, Roman Polanski
Durée : 1 h 20
La note : 7/10
En deux mots : Comme tout documentaire, « Weekend of a Champion » en dit autant sur le réalisateur que sur le héros du film.
Le réalisateur : Né à Paris en 1933, Roman Polanski s’installe en Pologne à l’âge de 4 ans. Contrairement à ses parents qui sont déportés -sa mère meurt à Auschwitz -, il réussit à fuir le ghetto de Cracovie. Dans la Pologne socialiste, il devient acteur avant d’entrer en 1955 à l’école de cinéma de Lodz. En 1962, il réalise son premier long métrage, « Le Couteau dans l’Eau« , qui est nominé pour l’Oscar du meilleur filkm étranger, et lui permet de l’installer à Londres où il réalise « Répulsion » (1965), « Cul-de-sac » (1966) et « Le Bal des Vampires » (1967). En 1968, il tourne son premier film hollywoodien, « Rosemary’s Baby« . Il réalise en 1974 « Chinatown« . A la suite de sa fuite des Etats-Unis, il tourne en Europe « Le Locataire » (1976), « Tess » (1979), « Pirates » (1986), « Frantic » (1988). En 2003, « Le Pianiste » lui permet d’obtenir l’Oscar du meilleur réalisateur. Il réalise « The Ghost Writer » en 2010, « Carnage » en 2011 et « La Vénus à la fourrure » en 2013.
Le sujet : En 1971, Roman Polanski a partagé trois jours avec le pilote écossais Jackie Stewart au Grand Prix de Monaco, l’occasion de décrire le quotidien de celui qui remportera cette année-là le deuxième de ses trois titres, et de saisir l’ambiance particulière qui régnait sur les Grands Prix à une époque où plusieurs pilotes trouvaient la mort chaque saison sur les circuits. 40 après, les deux hommes se retrouvent à Monaco.
La critique : J’ai déjà fait mon outing il y a quelque temps, à l’occasion de la sortie de « Rush » : je suis depuis très longtemps la Formule 1, et à l’occasion de la sortie du film de Ron Howard sur la rivalité entre James Hunt et Nikki Lauda, j’avais raconté que cette passion était née lors du Grand Prix de Monaco 1970 marqué par la victoire de Jochen Rindt qui avait poussé Jack Brabham à la faute dans le dernier virage. Quand j’ai vu que sortait un documentaire sur la Grand Prix de Monaco 1971 signé Polanski, difficile de résister, même si j’ai tellement peu aimé « La Vénus à la fourrure » que je n’en ai pas écrit la critique, entre emploi du temps surchargé et désagrément de dire du mal de celui que je considère quand même comme un grand réalisateur.
L’épisode de 1970 est évoqué, à la fois par le speaker qui sert de voix off au film au moment où la pluie se met à tomber quelques tours avant la fin, et à la fois par la présence muette de Nina Rindt, veuve du champion autrichien décédé à Monza quelque mois avant et qui a fait l’effort terrible d’accompagner Helen Stewart, sa meilleure amie. Du risque qui pesait à cette époque sur les circuits tel le nuage noir sur le Rocher, Jackie Stewart n’en parle pas, ou alors juste quand il rappelle après s’être coupé en se rasant qu’il a engagé un médecin personnel ; c’est Helen qui l’évoque en soulignant que leurs cinq meilleurs amis dans le monde de la course étaient tous morts au volant, et c’est aussi la mise à distance du temps qui le met à ce point en lumière, quand on voit Stewart donner ses conseils à son jeune coéquipier François Cevert (mort à Watkins Glen en 1973), ou que la caméra croise Jo Siffert (mort à Brands Hatch à la fin de la saison 1971), Pedro Rodriguez (mort la même année à Nuremberg), Ronnie Peterson (mort à Monza en 1978), ou Rolf Stommelen (mort à Riverside en 1983).
Du risque, il en est question dans l’épilogue de 20 minutes tourné lors du Grand Prix 2011 dans la même chambre d’hôtel, et où Polanski et Stewart évoque le rôle fondamental qu’a joué ce dernier dans la création du Grand Prix Drivers Association, qui a imposé à la FIA et à la FOCA les modifications de réglementation, la sécurisation des circuits et la présence d’équipes médicales ; le champion écossais qui avait eu la démarche d’engager son propre médecin après la mort de Rindt raconte que le médecin chargé de la sécurité sur un Grand Prix à l’époque était un gynécologue ! Cet entretien aborde un autre sujet qui éclaire différemment le film de 1971 : à la suite d’une scolarité désastreuse marquée par la dyslexie, Stewart ne savait quasiment pas lire et en était tellement honteux qu’il ne l’avait même pas dit à Helen qui partageait a vie depuis neuf ans. Il explique aujourd’hui qu’à l’époque il était persuadé être idiot, alors que sa gentillesse, son humour et la pertinence de son regard sur son sport éclaboussent l’écran, sachant par ailleurs qu’un tel palmarès ne peut se construire sans une intelligence de course de tous les instants.
Quand on voit Polanski et Stewart affalés dans les fauteuils confortables de leur palace monégasque en train de rigoler de leur exubérance capillaire de l’époque, on ressent la même impression de double et de nostalgie de la jeunesse qu’en regardant Mathieu Amalric coiffé comme le jeune Polanski se confronter à l’actrice qui se trouve être l’épouse du réalisateur polonais. Tourné dans l’intimité du couple Stewart, « Weekend of a Champion » nous fait revivre une période où les stands étaient au bord de la piste, où les champions côtoyaient le public et où un changement de roue ne prenait pas 5 secondes, et redécouvrir au-delà d’un des plus grands champions de son sport, un homme attachant et passionnant.
Cluny
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