SNOWPIERCER, LE TRANSPERCENEIGE

Critique initialement publiée le 11 novembre 2013

Film sud-coréen de Bong Joon-ho      

Titre original : Seolgungnyeolcha       

Interprètes : Chris Evans (Curtis), Song Kang-Ho (Namgoong Minsoo), Ed Harris (Wilford), John Hurt (Gilliam)

Durée : 2 h 05

La note : 6/10

En deux mots : Adaptation multinationale de la BD de Lob et Rochette, qui n’évite pas le cliché malgré une mise en scène assez brillante.

Le réalisateur : Né à Séoul en 1969, Bong Joon-ho étudie la sociologie avant de suivre les cours de la Korean Academy of Film Arts. En 2000, il réalise son premier film, « Barking Dogs Never Bite« . Son second film, « Memories of Murder » (2003), l’histoire d’un serial killer jamais arrêté, est vu par plus de 5 millions de spectateurs coréens. « The Host » (2006) raconte l’apparition d’un monstre dans les eaux de la riviére qui arrose Séoul.En 2010, il réalise « Mother« .

Le sujet : En 2031, cela fait 17 ans que l’envoi dans l’atmosphère d’un produit censé lutter contre le réchauffement a entraîné une glaciation qui a détruit toute vie sur la Terre. Seul quelques centaines de survivants ont subsisté dans un train qui roule en permanence. À bord, une division sociale existe, depuis les plus exploités qui vivent dans la queue du train, jusqu’au propriétaire, l’industriel Wilford qui habitent le wagon de tête.

La critique : Quand j’avais vu la bande annonce, je m’étais dit que cette histoire de train peuplé de survivants d’une catastrophe climatique me rappelait quelque chose, et pour cause : il s’agit bien de l’adaptation de « Transperceneige », un album de Lob et Rochette paru dans [À Suivre] au début des années 80. Étonnant donc de retrouver cette B.D. française adaptée par un réalisateur sud-coréen dans une distribution internationale, même si le thème post-apocalyptique de l’Arche peut justifier la présence de survivants de toutes les nationalités. 

Dans ce train blindé qui fonce dans l’immensité glacée et désertique, les prolos s’entassent dans les wagons de queue, nourris par des gardes armés qui leur amènent une sorte de Soleil Vert gélatineux et qui viennent régulièrement enlever des enfants qu’ils ramènent vers le sommet de cette nouvelle pyramide sociale, vers le wagon de tête. Parmi ces miséreux, un vieil homme, Gilliam, semble attendre un signal de la tête du train pour lancer une nouvelle tentative d’insurrection qui sera menée par Curtis assisté d’un jeune né dans le train 17 ans plus tôt.

Bong Joon-ho adopte le point de vue de ces insurgés ferroviaires, et nous fait découvrir le système de castes et l’organisation de l’autarcie au fur et à mesure de la remontée des rebelles, remontée marquée par des combats ultra-violents chorégraphiés à coup de ralentis, de visée nocturne et de giclées plastiques de sang sur les vitres. Il s’agit d’une vision âpre, brutal de l’humanité, qui rappelle par moment le « Brazil » de Terry Gilliam auquel Bong Joon-ho rend hommage par le nom d’un des personnages ; ainsi, la conseillère Mason, jouée par Tilda Swinton, rappelle la mère de Sam Lowry, et la scène de la classe aux couleurs Barbie évoque certains des rêves de Lowry.

Ce n’est pas simple de filmer un huis-clos de plusieurs centaines de personnes dans l’espace confiné d’un train, et les premières scènes dans les wagons de queue sans fenêtres font penser aux films de sous-marin ; et puis, progressivement, en avançant dans le convoi, les wagons semblent s’agrandir, et la variété des espaces traversés (serres, aquarium, citerne, sauna, boîte de nuit…) permet de s’affranchir de cette contrainte d’espace restreint d’autant qu’on se retrouve dans un univers à la Jules Verne, mélange de technologie futuriste et d’imagerie XIX° faite d’acier, de rouages et de hublots.

Le film aurait gagné à durer un bon quart d’heure de moins, mais heureusement le trop-plein se trouve plutôt au début, et les scènes finales s’avèrent très efficaces, tant du point de vue du retournement scénaristique que de la mise en scène assez virtuose. N’en reste pas moins une petite impression de complaisance face à la violence, et le sentiment que le passage de la B.D. au cinéma rend plus voyants certains clichés qui parsèment le récit.

Cluny

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