Critique initialement publiée le 7 décembre 2013
Film mexicain de Diego Quemada-Diez
Titre original : La Jaula de Oro

Interprètes : Brandon Lopez (Juan), Rodolfo Dominguez (Chauk), Karen Martinez (Sara)
Durée : 1 h 48
La note : 6,5/10
En deux mots : Entre documentaire et romanesque, un film distancié et efficace sur le parcours des immigrants en Amérique centrale.
Le réalisateur : Né en 1969 à Burgos, en Espagne, Diego Quemada-Diez a débuté sa carrière comme assistant-réalisateur de Ken Loach sur le tournage de « Land and Freedom« . Après l’avoir assisté pendant plusieurs années, il a étudié la cinématographie à l’Institut du Film Américain (AFI). Il est sorti en 2001. Il a été directeur de la photographie pour « Roads and Briges« , réalisé par Abraham Lin, et il a travaillé aux côtés de Tony Scott, Alejandro Gonzales Inarritu, Oliver Stone et Spike Lee. En 2002, son court-métrage A Table is a Table remporte le prix Robert Surtees Heritage.
Le sujet : Originaires du Guatemala, Juan, Sara et Samuel aspirent à une vie meilleure et tentent de se rendre aux États-Unis. Pendant leur périple à travers le Mexique, ils rencontrent Chauk, un indien du Chiapas ne parlant pas l’espagnol et qui se joint à eux. Mais, lors de leur voyage dans des trains de marchandises ou le long des voies de chemin de fer, ils devront affronter une dure et violente réalité…
La critique : La lente traversée du Mexique sur les toits des trains qui cheminent vers le Nord m’a immédiatement évoqué un autre film parlant de la tentative d’immigration illégale aux États-Unis de jeunes d’Amérique Centrale, « Sin Nombre » de Cary Fukunaga. Dans ce film, les immigrants étaient salvadoriens, alors qu’ici ils sont guatémaltèques, mais on voit bien par la comparaison entre les deux films la communauté de sort de ces peones attirés par le miracle américain, et il faut l’organisation glaçante d’un gang mexicain pour séparer les otages entre Honduriens, Guatémaltèques et Salvadoriens. Si on retrouve dans les deux films de nombreux points communs (les trains, la menace conjuguée des gangs et de la police), l’approche des deux réalisateurs est différente.
Cary Fukunaga avait choisi d’inscrire cette problématique au cœur d’une histoire dramatique, plaçant d’emblée le héros dans une course tragique dont on connaissait la fin, à savoir la traque impitoyable par les membres de la Mara Slavatrucha. A l’inverse, Diego Quemada-Diez a choisi une approche presque documentaire : on suit le sort de Juan et de ses amis à partir du moment de leur départ du bidonville de chiffonniers au Guatemala, en se plaçant dans l’innocence de leur point de vue. Ils savent qu’il faut remonter vers le Nord, et rêvent d’un El Dorado de l’autre côté de la frontière, mais n’ont que peu d’idées de ce qui les attend. Cette position où il place le spectateur rend l’irruption de la violence et de l’arbitraire encore plus forte, le danger pouvant surgir de partout.
Cela représente la force indéniable du film, dans cette dimension réaliste voulue par le réalisateur ; mais ce parcours erratique et pour tout dire un peu répétitif constitue aussi sa principale faiblesse, dans une impression d’errance renforcée par une réalisation épurée qui centre la première moitié du film sur l’opposition entre Juan et Chauk, un Indien tzozil rencontré par le trio. Heureusement, le récit s’accélère brutalement à la moitié du film, et le parcours initiatique de Juan est marqué par la perte à chacune de ses étapes. La sinuosité du parcours est symbolisée par une très belle scène : on suit en plans serrés un train qui chemine entre les collines enneigées, on devine qu’il s’agit d’un train électrique, puis la cadre s’élargit et découvre Juan et Chauk collés à la vitrine d’un magasin de Mexico comme des gosses émerveillés qu’ils sont encore.
Diego Quemada-Diez a beaucoup enquêté avant de réaliser ce film. Il souligne : « J’ai rencontré des gens merveilleux qui m’ont beaucoup appris, notamment la générosité et la valeur de la fraternité. » En contrepoint des flics violents et des membres des gangs impitoyables, il oppose la solidarité spontanée de nombreux Mexicains, ceux qui ouvrent leurs portes pour cacher des immigrants poursuivis par la police, le prêtre qui accueille tous les voyageurs le temps d’une escale, ou ces anonymes qui jettent des oranges au passage du train. Film plutôt abrupt, « Rêves d’Or » convainc par son mélange de complexité et de linéarité, ainsi que par une économie de traitement qui parvient à renforcer un propos qui pourrait vite sombrer dans le pathos ; en cela, on devine ce que Diego Quemada-Diez a appris au côté de Ken Loach.
Cluny
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