LA VIE REVEE DE WALTER MITTY

Critique initialement publiée le 14 janvier 2014

Film américain de Ben Stiller 

Interprètes : Ben Stiller (Walter Mitty), Kristen Wiig (Cheryl), Shirley McLaine (Mme Stiller), Sean Penn (Sean O’Connell)  

Durée : 1 h 54  

La note : 4/10

En deux mots : Ben Stiller transforme le Walter Mitty héros de ses propres rêves en une sorte de personnage à la Paolo Coelho, et on n’y gagne rien, loin de là. 

Le réalisateur : Né en 1965 à New York, Ben Stiller commence comme comédien, puis il réalise des films pour Saturday Night Live, avant de produire sur MTV son propre show parodique, le Ben Stiller Show. Il joue dans de nombreuses comédies, ce qui lui vaut d’appartenir au Frat Pack, qui comprend aussi Will Ferell, Steve Carell, Vince Vaughn, Jack Black et les frères Wilson. En 1994, il réalise son premier long métrage , « Génération 90« . Suivront « Disjoncté » (1996), « Zoolander » (2001) et « Tonnerre sous les Tropiques » (2008).

Le sujet : Chef du bureau des négatifs au magazine Life, Walter Mitty aime en secret Cheryl qui vient d’arriver au service de la comptabilité. Il se rêve en aventurier pour impressionner sa collègue, mais celle-ci l’ignore. Alors qu’on annonce la fin de la parution papier du magazine, une équipe est envoyée pour produire le dernier numéro et préparer la transition au numérique, en clair pour licencier en masse. La photo de couverture doit être la n°25 envoyée par le photographe vedette Sean O’Connell. Or, le négatif de la photo 25 ne se trouve pas dans le dernier envoi du photographe. 

La critique : Je n’étais pas né en 1947 quand est sorti « La Vie secrète de Walter Mitty« , et je n’ai donc pas fait partie du million de spectateurs qui l’avaient vu à sa sortie en France en 1950. Par contre, ce film de Norman McLeod avec Danny Kaye, Virginia Mayo et Boris Karloff constitue un de mes premiers souvenirs de cinéma, puisque mon père m’avait emmené le voir au cinéma Les Acacias. Ce sentiment d’évocation à la Modiano est renforcé par le fait que je n’ai jamais revu le film de 1947 : jamais diffusé sur les chaînes cinéma, indisponible en DVD zone 2, il a sombré dans l’oubli général qui a enveloppé Danny Kaye.

Pourtant, près d’un demi-siècle après, je garde le souvenir de nombreuses scènes où Walter Mitty se rêvait en pilote de la RAF (ouvrant son cockpit en vol pour rajouter quelques décalcomanies de croix gammées, ou sortant de son rêve et appelé par sa mère pour dîner, mettant le tisonnier sous son bras comme le stick d’un officier), en corsaire, en chirurgien, en gambler sur le Mississipi ou en Anatole of Paris, créateur français de chapeaux ridicules. Le film, produit par Samuel Goldwin (dont le petit-fils produit le film de Ben Stiller), était centré sur Danny Kaye qui y interprétait plusieurs chansons, à tel point que James Thurber, l’auteur du roman éponyme avait baptisé le film « The Public Life of Danny Kaye« .

Pas étonnant que Ben Stiller ait été tenté de faire un remake de ce film, vu qu’il joue aujourd’hui dans le cinéma américain un peu le même rôle d’acteur comique vedette qu’occupait Danny Kaye au tournant des années 40 et 50. Pourtant, et sous réserve de distorsion de mon souvenir semi-centenaire, la tonalité des deux films est clairement différente, et la spécificité de celui de Ben Stiller par rapport à celui de Norman McLeod ne ne semble pas être un bonus, mais bien plutôt un appauvrissement. Là où Mc Leod jouait à fond la carte de la comédie en insistant sur le décalage entre les deux Walter Mitty, le gratte-papier pusillanime de la réalité et le héros de ses rêves, comme le fera plus tard brillamment Philippe De Broca dans « Le Magnifique« , Ben Stiller tire son film vers la comédie romantique new age.

Le Walter Mitty du XXI° siècle n’est plus employé par un éditeur de pulp fiction comme son ancêtre, il travaille au magazine Life à la veille de sa disparition. Ce changement est symbolique de la différence d’approche : en plaçant son héros dans une maison d’édition de romans d’aventure de série B, Norman McLeod choisissait le parti pris du décalage par rapport à la réalité. Au contraire, Ben Stiller cherche à placer son personnage doublement dans l’actualité : par la nature du journal qui a couvert l’actualité pendant 70 ans, et par la dimension contemporaine du passage à l’édition numérique. D’ailleurs, son Walter Mitty rêve deux ou trois fois sa vie, avant de vivre réellement ses aventures entre volcan islandais en éruption et contreforts afghans de l’Himalaya. 

Le propos sous-jacent exprimé par l’adaptation de Ben Stiller est que chacun est un héros qui peut vivre ses propres aventures à partir du moment où il le décide ; pourquoi pas. Mais il faut alors assumer ce choix, et s’engager clairement dans cette direction, alors qu’en gardant son personnage keatonnien, Ben Stiller acteur et réalisateur ne réussit ni dans le registre comique (on rit très peu), ni dans le registre dramatique, vu l’épaisseur des bons sentiments. A vouloir être Capra, Ben Stiller n’est même pas parvenu à égaler McLeod, et c’est bien dommage.

Cluny

Laisser un commentaire