INSIDE LLEWYN DAVIS

Critique initialement publiée le 10 novembre 2013

Film américain de Joel et Ethan Coen      

Interprètes : Oscar Isaac (Llewyn Davis), Carey Mulligan (Jean Berkey), Justin Timberlake (Jim Berkey), John Goodman (Roland Turner)

Durée : 1 h 45  

La note : 7/10

En deux mots : Incursion des frères Coen dans le genre de la fausse biographie musicale, un brin dépressive. 

Les réalisateurs : Nés à Minneapolis en 1953 pour Joel et en 1957 pour Ethan, les frères Coen réalisent leur premier film en 1984, « Sang pour Sang« , suivi en 1987 d’ »Arizona Junior » et en 1991 de « Miller’s Crossing« . « Barton Fink » reçoit la palme d’Or au Festival de Cannes en 1991. Puis viennent « Le Grand Saut » (1994), « Fargo » (1996), « The Big Lebovski » (1998), « O’Brother » (2000), « The Barber » (2001), « Intolérable Cruauté » (2003), « Ladykillers » (2004), « No Country for Old Men » (2007) qui reçoit quatre oscars, dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur, « Burn after Reading » (2008), « A Serious Man » (2009) et « True Grit » (2010).

Le sujet : Durant l’hiver 1961, le chanteur folk Llewyn Davis survit en étant hébergé par des amis, et en chantant de temps en temps dans des clubs de Greenwitch Village. Il n’arrive pas à surmonter le suicide de son partenaire, et voit ses tentatives dans différents domaines se solder par des échecs, jusqu’à en arriver à envisager de s’engager à nouveau dans la marine marchande.

La critique : A l’heure où fleurissent les biopics, les frères Coen s’attaquent à un genre qui a déjà ses lettres de noblesse, celui de la biographie musicale fictive : de « The Jazz Singer » à « Accords et Désaccords » en passant par « The Blues Brothers« , le cinéma propose de nombreux films qui nous racontent dans le détail l’histoire de purs personnages de papier qui pourtant nous parlent d’un moment et d’un milieu bien précis. Ici, ils se sont emparés de la biographie d’un chanteur folk de l’époque, Dave Van Ronk, qui fut l’ami de Robert Zimmerman à ses débuts (lequel Bob Dylan apparaît dans la scène finale), et ont créé à partir de ses mémoires le personnage de Llewyn Davis, que l’on va suivre sur une semaine entre New York et Chicago.

Des décennies avant, Llewyn Davis avait inventé le couchsurfing : il va de canapé en canapé, selon l’évolution de ses relations avec ceux qui acceptent encore de l’héberger pour une nuit ou deux, en fonction aussi des disputes causées par son caractère ombrageux, chez sa sœur, chez son ex, chez un musicien rencontré lors d’un enregistrement, chez un couple de professeurs propriétaires d’un chat qui traverse l’histoire avec cette constance absurde qui fait la marque de fabrique des Coen. Le fait que Llewyn Davis soit un personnage fictif renforce l’idée qu’il est un musicien oublié, un artiste raté, suivi le temps d’une semaine dans l’illusion qu’il puisse avoir une deuxième chance. Dans cette errance dépressive, se révèlent des accents de « Barton Fink« , et on sait combien les Coen aiment filmer les loosers, de « Fargo » à « The Barber« .

On retrouve certains éléments constitutifs du cinéma des auteurs de « The Big Lebovski » : le casting qui fait appel à des tronches, comme la secrétaire du manager de Llewyn qui évoque celle du grand rabbin dans « A Serious Man« , ces plans sur le visage grave d’un passager dans le métro, ces pauses qui suspendent le temps d’un dialogue, ou ces discussions au cordeau sur des enjeux abscons ; la participation de John Goodman concentre tout ça, le temps d’un voyage entre New York et Chicago, ainsi que l’audition que lui accorde Bud Grossman, joué par Frederic Muray Abrahams.

Oscar Isaac, vu dans « Robin des Bois« , incarne ce Llewyn Davis, quintessence d’une époque entre beat generation et libération sexuelle des années soixante. C’est lui qui chante les nombreuses chansons folks du film, et il s’en sort franchement bien. À ses côtés, on retrouve une Carey Mulligan brune et impitoyable qui chante aussi très bien « Five hundred miles« , et un Justin Timberlake qui revisite avec drôlerie « Please Mister Kennedy » de Jim Nesbitt. Le directeur de la photograhie habituel des frères Coen, Roger Deakin, n’a pu se libérer, retenu par « Skyfall« . C’est donc Bruno Delbonnel (« Amélie Poulain« , « Harry Potter et le Prince de sang-mêlé« , « Dark Shadows« ) qui s’y colle dans une teinte sépia un peu écrasée qui rajoute à la tonalité dépressive de l’ensemble. « Inside Llewyn Davis » est un film des frères Coen, et donc un bon film. Mais il lui manque la petite touche de folie et de télescopage entre l’épique et le trivial pour en faire un grand film comme  « No Country for Old Men » ou « A Serious Man« , pour ne citer que les plus récents.

Cluny

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