Critique initialement publiée le 8 décembre 2013
Film français de Cédric Klapisch

Interprètes : Romain Duris (Xavier), Audrey Tautou (Martine), Cécile de France (Isabelle), Kelly Reilly (Wendy)
Durée : 1 h 54
La note : 8/10
En deux mots : Troisième volet des aventures des locataires d’Erasmus, feel-good-movie très réussi.
Le réalisateur : Né en 1961 à Neuilly, Cédric Klapisch fait une maîtrise de cinéma à Paris et un Master of fine Arts à New York. Il réalise plusieurs courts métrages, dont un faux documentaire sur Jules Marey, « Ce qui me meut« , qui donnera le nom à sa maison de production. En 1991, il tourne son premier long métrages, « Riens du tout« , avec Fabrice Luchini et Karin Viard. En 1995, il toune dans le cadre de la série d’Arte, Les Années Lycée, « Le Péril Jeune« , première collaboration avec Romain Duris. En 1996, il réalise « Chacun cherche son Chat« , puis l’adaptation de la pièce d’Agnès Jaoui « Un Air de Famille« , puis un film d’anticipation avec Jean-Paul Belmondo, « Peut-être« . « L’Auberge espagnole » (2002), sur un groupe d’étudiant Erasmus à Barcelone, et sa suite « Les Poupées russes » rencontrent un grand succès. En 2008, il réalise « Paris« , toujours avec Romain Duris.
Le sujet : Xavier va avoir quarante ans. Il vient de se séparer de Wendy qui est partie s’installer à New York chez son nouveau compagnon. Afin de garder le contact avec ses enfants, il décide de partir pour New York chez Isabelle qui attend un enfant dont il a accepté d’être le père biologique. Afin de pouvoir avoir sa carte verte, il épouse une sino-américaine et reçoit chez lui Martine.
La critique : Douze ans après « L’Auberge Espagnole » et huit ans après « Les Poupées Russes« , « Casse-tête chinois » forme une trilogie d’un genre assez rare, éloignée des autres sagas qui se construisent au fur et à mesure en fonction des succès des épisodes précédents, comme « Jurassic Park » ou « La Mémoire dans la peau« , ou qui déclinent les chapitres d’une histoire déjà écrite, comme « Le Seigneur des Anneaux » ou « Harry Potter » ; elle s’écrit au fur et à mesure que vieillissent ses personnages, et rajoute un épisode à chaque étape de leur vie ; en cela, elle se rapproche de l’expérience cinématographique unique d’Antoine Doinel.
On avait quitté Xavier alors qu’il venait de sauter le pas et d’accepter de construire enfin quelque chose avec Wendy ; on le retrouve juste après que son couple a volé en éclat, cette ellipse nous le laissant avec le combat pour récupérer la garde de ses deux enfants. Pourtant, Xavier n’a pas vraiment changé, ni Cédric Klapisch, puisqu’on retrouve la même structure, celle du commentaire off de Xavier ponctué de flashbacks pour illustrer son propos. Cette fois, ce commentaire est justifié par les échanges qu’il a par Skype avec son éditeur, joué par Dominique Besnehard, qui juge que le bonheur, c’est chiant, et qui se délecte donc des petits malheurs de son poulain.
Car des petits malheurs, il en a quelques-uns, et tant mieux pour nous. Comme il le résume à un moment à Martine qui lui affirme que la vie n’est pas si compliquée que ça, Xavier épouse une Chinoise pour avoir la nationalité américaine afin de se rapprocher de ses enfants partis à New York vivre avec Wendy qui elle-même envisage d’épouser une caricature de bel Américain riche, alors que lui-même tente le coup du revival avec Martine et qu’il devient accessoirement père biologique de l’enfant que son amie Isabelle, celle qu’il appelle son meilleur pote, veut avoir avec sa copine Ju. Cet imbroglio se concentre dans une scène où tout ce petit monde converge vers son appartement pour anticiper la visite du dragon du service de l’immigration qui depuis le début soupçonne le mariage blanc, scène qui évoque par sa mécanique implacable et son tempo parfait le meilleur de la screwball comedy.
La force de Klapisch, c’est que la trame mise en place il y a douze ans à Barcelone lui permet de façon naturelle d’aborder des sujets d’aujourd’hui : l’homoparentalité, les familles recomposées, la crise de la quarantaine. On n’a pas l’impression qu’on ressent souvent au cinéma de personnages artificiels quand il s’agit d’aborder ces questions : Wendy, Martine, Isabelle, Xavier font partie de la famille, tu penses, ça fait une paye qu’on les connait ! Débarrassée des personnages européens du premier opus, l’action se concentre sur le quatuor, et on sent Klapisch qui a étudié à New York à l’aise comme un poisson dans l’eau dans Big Apple, avec ses considérations sur la texture du bitume et l’aspiration au ciel, l’impression des Français d’être pris pour des attardés chaque fois qu’ils demandent aux Américains de parler plus lentement ou le bug que rencontre un chauffeur de taxi chinois quand il tombe sur la seule avenue qui ne soit pas rectiligne.
On rit beaucoup, par exemple quand Xavier convoque les philosophes allemands pour l’aider à sortir de sa mélancolie, quand Martine emporte un marché du thé bio en s’adressant en chinois à un conseil d’administration dans Chinatown devant un Xavier éberlué, ou quand Xavier se défend d’être un menteur professionnel, rôle que Romain Duris a tenu dans « L’Arnacœur« . La réalisation de Klapisch sait aussi verser dans la finesse, comme cette scène de dispute entre Wendy et Xavier filmé dans le reflet de la photo du bonheur familial, ou cette scène presque subliminale du fou rire de Martine devant le râteau que Xavier se prend en saluant sa voisine qui fait du qi gong dans un parc voisin. En cette période morose, « Casse-tête chinois » fait du bien, en nous renvoyant cette image de nous-même en Xavier qui se prend la tête alors que comme chez Capra, il lui suffit de décider de jouer le scénario du bonheur pour le vivre enfin.
Cluny
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