9 MOIS FERMES 

Critique initialement publiée le 20 octobre 2013

Film français d’Albert Dupontel     

Interprètes : Sandrine Kiberlain (Ariane Felder), Albert Dupontel (Bob Nolan), Nicolas Marié (M° Trolos), Christian Hecq (Lieutenant Edouard)

Durée : 1 h 22  

La note : 7/10

En deux mots : Dupontel revient avec succès dans un genre inattendu, celui de la comédie romantique trash. 

Le réalisateur : Né en 1964, Albert Dupontel a commencé comme comédien au Théâtre National de Chaillot. Il a ensuite présenté un one man show féroce et original, avant de devenir comédien au cinéma (« Un héros très discret« , « Monique« …). En 1996, il tourne son premier film « Bernie« , film provocateur qui reçoit un accueil mitigé de la critique, mais qui est considéré par de nombreux spectateurs comme un film culte. En 1998, il réalise « Le Créateur » suivi de « Enfermés dehors » en 2006 et de « Le Vilain » en 2009.

À quarante ans, Ariane Felder est une juge d’instruction promise à une belle carrière. Dévouée à son métier et célibataire endurcie, elle apprend qu’elle est enceinte de six mois. En faisant son enquête, elle découvre que cela s’est passé la nuit du réveillon de la Saint-Sylvestre, qu’avec ce qu’elle avait bu elle ne se souvenait de rien, mais que le père n’est autre qu’un as de la cambriole poursuivi pour un meurtre particulièrement horrible.

La critique : Si on m’avait demandé il y a quelques temps quel serait le premier réalisateur français à réussir une comédie romantique, pas sûr que j’aurais immédiatement pensé à Albert Dupontel, et pourtant, « 9 mois ferme » représente une des rares réussites hexagonales dans ce genre où excellent habituellement les Anglo-Saxons. Alors, je vous rassure, une comédie romantique signée Albert Dupontel, ça reste un film du réalisateur de « Bernie« , et on trouve quelques ingrédients bien à lui, comme un meurtrier mangeur d’yeux (le globophage !), un avocat bègue, un juge d’instruction golfeur abruti et un médecin légiste plaisantin.

De même, on retrouve le style propre à Dupontel, avec une caméra aérienne qui s’illustre dès le plan-séquence d’ouverture, des cadres obliques, une photographie mordorée et des ruptures de rythme, et un sens du détail absurde. Parmi les meilleurs passages, il y a tous les flashs spéciaux des chaînes d’actualités, avec experts parlant pour ne rien dire, micros-trottoirs débiloïdes, traduction en langue des signes par Jean Dujardin himself, apparition en guest star de Terry Gilliam en Charles Meatson, « Famous man-eater » avec tatoué sur ses phalanges LOVE et EAT, jusqu’aux bandeaux qui défilent et qu’il ne faut pas manquer, du genre : « Manifestation d’Alsheimer, 900 disparus« … À signaler aussi la reconstitution jubilatoire de la conception du bambin grâce aux images des caméras de surveillance pilotées par Bouli Lanners.

Albert Dupontel raconte s’être inspiré du documentaire de Raymond Depardon « 10° Chambre, Instant d’Audience« , et il a obtenu l’autorisation de tourner au Palais de Justice. Il s’est fait conseiller par la présidente de cette 10° chambre qui joue d’ailleurs dans le film le rôle de la présidente de la cour d’assise, et l’ambiance si particulière d’un grand tribunal est particulièrement bien rendue, avec l’opposition entre le tragique de ce qui est quotidiennement évoqué et le trivial de la vie d’une administration engoncée dans des bureaux étroits et des couloirs interminables.

Pour assurer la réussite d’une comédie romantique, il faut un couple a priori incompatible, et là on est servi : Sandrine Kiberlain excellente en jeune vieille fille qui considère chaque justiciable comme un irresponsable qu’on doit protéger de lui-même, et Albert Dupontel en multirécidiviste du chalumeau au cœur tendre décidé à prouver son innocence. Ce duo de l’Auguste et du clown blanc fonctionne à merveille, entouré de toute une galerie de seconds rôles, dont beaucoup de fidèles à Dupontel : Nicolas Marié, Philippe Uchan, Benoît Dusquesnes, Chrsitian Hecq, Yolande Moreau, et les caméos de Jan Kounen et Gaspar Noé. Sans doute le meilleur film de Dupontel, « 9 mois ferme« , s’il n’évite pas les pièges du happy end propre au genre, n’en réussi pas moins à conjuguer satyre du système judiciaire et comédie franchement drôle.

Cluny

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